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L’interview de l'Ambassadeur d’Ukraine Mykola Tochytskyi à l'édition «l'AGEFI Luxembourg»
02 février 2018 18:25

S.E. M. Mykola TOCHYTSKYI, Ambassadeur d’Ukraine :

«Per aspera ad astra»: l'Ukraine, la voie vers l'avenir à travers les réformes

L'Ukraine a d'excellents chiffres macroéconomiques en amélioration (croissance du PIB, inflation ...) : si l'on
regarde les pays voisins, on voit des chiffres encore meilleurs. Quand pensez-vous que cela arrivera ?

En effet, aujourd'hui, les indicateurs macro-économiques en Ukraine sont à la hausse. Cela indique une
reprise de l’économie de l'Ukraine. Je me souviens, voici trois ans, notre pays était au bord du gouffre
économique. Pendant deux années consécutives, l'économie de l'Ukraine diminuait en moyenne de 8%. Le
volume du commerce international a chuté de 24% en 2014 et près de 29% en 2015. La dure réalité de cette
période s’est manifestée notamment par des caisses de l'État vides. Les causes directes de cette situation
s’étaient multipliées : gestion inefficace de l'économie sous le gouvernement de M. Yanukovych, occupation
de la Crimée par la Fédération de Russie, agression armée de cette dernière contre l’Ukraine dans la région
du Donbass, fermeture du marché russe en guise de représailles économiques de Moscou en réponse au
rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne (UE).

Cependant, les bouleversements que l’année 2014 a connus sont, en quelque sorte devenus le meilleur
remède, nécessaire pour amorcer une reprise économique après des années de stagnation. Au cours des deux
années suivantes, le gouvernement ukrainien a réussi à arrêter la forte dévaluation de la monnaie nationale
(la hryvnia, UAH) et à réduire l'inflation de 40% à 11%. La Banque nationale d'Ukraine a rétabli la stabilité
bancaire en éliminant plus d'une centaine de banques en difficulté ou en défaut total de paiement. Le
gouvernement ukrainien avait entrepris une restructuration réussie de la dette extérieure de l'Ukraine qui
s’élevait à plus de 60 milliards de dollars. L’Ukraine offrait ainsi des conditions plus favorables pour honorer
ses obligations financières compte tenu de la reprise de l’économie nationale qui, elle, devait se poursuivre.
Je suis convaincu que ces mesures constituent la base d'un processus de réforme plus ample et plus durable à
moyen et à long terme.

En résumé, je tiens à dire que nous avons fait plus que ce que l’on croit généralement, mais moins que nous
ne l’aurions souhaité. Et nous continuons à progresser, prenant en compte les erreurs et les succès du passé.

Quelles sont les mesures gouvernementales pour améliorer le climat dans la gestion des affaires ?

Notre priorité est de réformer dans un but d’efficacité optimale le pouvoir judiciaire et les organismes
chargés de l'application de la loi, ainsi que de lutter contre la corruption. La primauté du droit est la pierre
angulaire d'un environnement commercial favorable. Au cours des trois dernières années, les instances
gouvernementales ont réussi à accomplir plus de tâches importantes en Ukraine que durant ces vingt
dernières années. L’Ukraine applique dorénavant un système, inconnu à ce jour chez elle, de déclaration
électronique sur la fortune et les dépenses des fonctionnaires de l'État. Nous continuons la refondation du
système judiciaire. Elle implique, en particulier, un processus transparent de sélection et de nomination des
juges, ainsi que la mise en place d'un organisme de supervision et de discipline indépendant. La prochaine
priorité est la dérèglementation et la libération de l'initiative économique. Le ministère du Développement
économique et du Commerce d'Ukraine travaille à la suppression ou à l'optimisation de nombreux
règlements administratifs qui restreignent les opérations commerciales et engendrent des abus
bureaucratiques. Au cours des deux dernières années, près de 800 règles administratives inutiles, qui
régissaient les activités des petites et moyennes entreprises, ont été supprimées.

Le gouvernement ukrainien introduit de concert une réglementation raisonnable, conformément aux
obligations de l'Ukraine de veiller à ce que la législation nationale soit conforme à celle de l'UE dans des
domaines clés tels que, par exemple, la protection des consommateurs, la sécurité alimentaire, les normes
industrielles et environnementales. Le nouveau système électronique des marchés publics ProZorro a permis
de débarrasser de la corruption ce segment important de l'économie, d'améliorer l'efficacité des marchés
publics et d'économiser des fonds publics importants. Et ce ne sont là que quelques exemples du système
entier de réformes globales et complexes que poursuit actuellement le gouvernement ukrainien.

Selon le classement de la Banque mondiale «Doing Business 2018», l'Ukraine se classe 76ième sur les 190
pays du monde. À titre de comparaison, dans le même classement en 2017, nous avons occupé la 80ième
place, en 2015 – la 96ième. Le progrès est donc évident. Nous avons créé pour la première fois dans notre
pays un système d'agences anti-corruption, qui doit être complété dans les mois à venir par l’adoption d’une
loi sur un tribunal anticorruption spécialisé. Le 22 décembre 2017, le Président ukrainien a soumis au
parlement du pays (Verkhovna Rada) un projet de loi intitulé «À propos de la Cour anti-corruption»,
soulignant l’urgence des débats. À l'heure actuelle, cette proposition de loi est à l'étude au sein de la
commission parlementaire adéquate, chargée d’en vérifier la conformité par rapport aux normes
constitutionnelles. Ce projet de loi vise à parachever le développement de l'infrastructure anti-corruption en
Ukraine.

Parmi les auteurs de ce projet on y trouve aussi les initiateurs de la loi qui créa le Bureau national anticorruption
de l'Ukraine (NABU). Le projet instituant un tribunal anti-corruption est basé sur les
recommandations de la Commission de Venise, sur les principes de l'État de droit, de l'indépendance de la
Cour, du respect de la Constitution, de la législation ukrainienne existante et de la souveraineté nationale de
l'Ukraine. La proposition de loi du Président ukrainien concernant la création d'un haut tribunal anticorruption
et son urgence sont la confirmation d’une volonté des milieux officiels de respecter leurs
engagements et du sérieux de leur part de lutter efficacement contre la corruption. Le peuple d’Ukraine est
convaincu que l'adoption du projet de loi et la création d'un haut tribunal anti-corruption permettront une
approche adéquate de la lutte contre la corruption, tout en soulignant l’irréversibilité d’un changement
qualitatif sur la voie de l’édification d’un État de droit dans le respect de la démocratie. C’est là le principal
souhait de la société ukrainienne après la Révolution de la dignité.

L'Ukraine a déjà une économie diversifiée : quels sont les plans pour continuer dans cette direction et
attirer plus d'investissements directs étrangers ?

Au cours des trois dernières années, nous avons réussi à mettre en oeuvre les mesures qui ont fondé la base de
changements complexes dans l'économie et l'amélioration dans le domaine des affaires en Ukraine. En
particulier, l'une des conditions les plus importantes pour le bon fonctionnement des entreprises est une
situation macro-financière stable, et aujourd'hui nous répondons aux exigences du FMI et d'autres institutions
financières internationales. Nous prévoyons que la hausse du PIB pour la fin de 2017 sera de 2%, et pour
l’année prochaine de 3%.

Ces prévisions sont assez réalistes et sont confirmées, par exemple, par les agences de notation reconnues
telles que Fitch et Standard & Poor’s. Un autre aspect qui a compliqué les affaires pendant des années était la
corruption. Aujourd'hui, on peut affirmer sans fausse modestie, que l’on peut parler des réformes sans
précédent visant à lutter contre ce mal : la création des agences anti-corruption indépendantes, l’introduction
de la déclaration électronique, la mise en place d'un système des marchés publics transparent ProZorro, la
mise en oeuvre de réformes énergétiques, bancaires et judiciaires. La boîte à outils qu’utilise le plus souvent
l'entreprise est dorénavant opérationnelle. Il s'agit de la modernisation de l'administration des douanes et de
l'administration fiscale. Le système électronique de remboursement de la TVA, qui a toujours été le
problème n°1 pour les investisseurs étrangers, a été activé et a déjà obtenu des réactions positives de la part
de nos partenaires étrangers. Les cotisations sociales ont été réduites deux fois pour les entreprises et le
montant total des cotisations est passé de 22 à 11.

Dans un proche avenir, le Parlement ukrainien examinera un projet de loi visant à améliorer le climat dans le
domaine des investissements et des affaires en Ukraine. Ce projet de loi simplifie les conditions de
construction dans le bâtiment, facilite l’obtention des prêts, augmente la protection des droits des
actionnaires et permet l’utilisation en raccourci de nombreuses procédures légales, favorables aux
entrepreneurs. Par exemple, les nouvelles dispositions suppriment le principe de participation, introduisent à
la place la propriété de confiance et simplifient les procédures de faillite.

J'ai déjà mentionné que de 2013 à 2017, l'Ukraine est passée de la 152ième à la 76ième position dans le
classement «Doing Business 2018». Cependant, les affaires elles-mêmes, par leur développement, parlent
davantage du climat qui règne dans le domaine des investissements en Ukraine.

Au cours des années 2014-2016, de grands projets d'investissement ont été mis sur pied en Ukraine, telle
l’usine Allseeds (200 millions $), le terminal Bunge (180 millions $), ArcelorMittal (150 millions $), l’usine
de Biofarma (40 millions $), l'usine de Fujikura (87 millions $) et d'autres. Rien qu’au cours des deux
dernières années, environ 60 nouvelles usines et chaînes de production ont été mises en service en Ukraine.
Sont planifiés un nouveau terminal de Cargill (projet de 130 millions $), le terminal céréalier Louis Dreyfus
(50 millions $) et le stockage de déchets nucléaires Holtec (300 millions $).

L'Ukraine a une réputation bien établie pour l'agriculture : pourriez-vous décrire les développements
les plus récents de ce secteur ?

Ces dernières années, l'agriculture ukrainienne a été le moteur de la croissance économique. Dans le contexte
d'un certain déclin du secteur métallurgique provoqué par le conflit dans le Donbass, les exportations
agricoles ukrainiennes se sont retrouvées en première place en tant que deuxième source de revenus. Sur une
base de 11 mois de l’année 2017, la part du secteur agricole dans le PIB de l'Ukraine était de 12%, tandis que
les recettes d'exportation de ce secteur s'élevaient à près de 38%.

Aujourd'hui, l'Ukraine peut être fière de la place qu'elle occupe dans les classements internationaux du
commerce agricole. Ainsi, en particulier, l'Ukraine se classe au premier rang mondial pour les exportations
d'huile de tournesol, au troisième rang pour les exportations de maïs, au sixième pour les exportations de blé
et, d’une manière générale, au troisième rang pour les exportations céréalières. Les principaux secteurs dans
lesquels une croissance est attendue sont l'élevage, la production de viande et les produits laitiers,
l'horticulture et les secteurs spécialisés dans la récolte du miel, la culture de champignons, des herbes
aromatiques et des épices. La productivité de tous ces secteurs peut être améliorée grâce à l'application de
traditions agricoles ukrainiennes uniques en leur genre, combinées avec des méthodes modernes
d'agriculture.

Une grande partie des possibilités du secteur agraire ukrainien est réalisée par l'intermédiaire des petits et
moyens producteurs agricoles, en particulier des fermes et des associations de coopératives. Pour stimuler la
création de nouvelles exploitations agricoles et accroître leur compétitivité, le gouvernement envisage
d’octroyer un milliard UAH (hryvnia) au nouveau programme budgétaire "Soutien financier au
développement des exploitations agricoles", comprenant le paiement des subventions, la réduction des coûts
pour les machines agricoles, les prêts et les compensations sur le prix des semences achetées.

Cependant, les succès de l'agriculture en Ukraine dont je parle, ne sont, pour ainsi dire, que le sommet de
l'iceberg. Ce furent, aussi, des années de travaux préparatoires difficiles visant, par exemple, à introduire des
normes agricoles modernes et communes, propres à l’Union européenne ou encore des exigences de sécurité
alimentaire. Ces résultats sont largement dus à l'accord sur l'association avec l'UE, qui contient un chapitre
important sur l’accommodement de la législation de l'UE avec la législation nationale, en particulier dans le
domaine des normes sanitaires et phytosanitaires. À ce jour, près de 400 règlements techniques qui ont cours
dans l’Union européenne sont pris en compte par la législation ukrainienne.

De nombreuses améliorations restent à faire pour accélérer le progrès et assurer le caractère irréversible des
changements positifs qui ont déjà été accomplis dans l’agriculture. Dans cet ordre d’idées, il est crucial, à la
fois, de mettre en oeuvre la réforme agraire et d’introduire un cadre juridique clair et transparent en ce qui
concerne la propriété foncière, son utilisation durable et sa protection. L'infrastructure du transport et de la
logistique, qui assure la livraison des produits agricoles ukrainiens sur les marchés mondiaux, doit également
être améliorée. À ce propos, le budget de l'Ukraine pour 2018, parmi d'autres priorités telles que la
décentralisation, l'efficacité énergétique et le développement du capital humain, prévoit aussi un soutien
important au secteur agricole et à la construction de routes.

À nos yeux, le plus important à ce stade est de devoir prêter une attention particulière à la question d’une
gestion responsable des terres dans des conditions de changement climatique rapide et souvent défavorable.
À l’instar des autres pays, l'Ukraine est confrontée à de graves problèmes de changement climatique qu’il
nous faut résoudre aujourd'hui même afin de ne pas abandonner ce problème aux générations futures.

Une grande partie de l'opinion publique pense que la Crimée est un territoire russe rattaché par les
Soviétiques à l'Ukraine en 1954 : pourquoi les autorités ukrainiennes voient-elles la Crimée comme
une terre ukrainienne ?

Le soi-disant «droit historique» de la Fédération de Russie sur la Crimée est l'un des nombreux mythes
imposés par la puissante machine de propagande de Moscou à l'opinion publique pour essayer de légitimer
son acte absolument illégal de s’accaparer une partie du territoire de l’État ukrainien souverain.

En jetant un regard sur un passé déjà lointain, j’aimerais faire découvrir aux lecteurs un événement historique
très intéressant. De fait, en 1783, l'Empire russe a annexé le Khanat de Crimée, c'est-à-dire que la Russie
d’alors s’est emparée de manière violente et unilatérale de la Crimée. Cette annexion de 1783 est l'apogée de
longs efforts, en particulier militaires, de l’Empire russe pour atteindre la mer Noire. Ce qui lui a permis,
d'une part, de soumettre à son influence militaro-politique toute cette région, et, d’autre part, de s’arroger les
avantages commerciaux et économiques d’une valeur inouïe. C'est pourquoi l'Empire russe dès le 18ème
siècle et son État successeur, la Russie d’aujourd’hui, au 21ème siècle, n’ont lésiné ni sur les méthodes ni sur
les moyens les plus grossiers pour contrôler totalement la Crimée.

Que s'est-il passé en 1954 ? De quoi s’agit-il vraiment, alors qu’il semblerait que l'opinion publique soit si
bien informée à ce sujet ? Depuis 1954, à la demande du Kremlin, l'Ukraine s’est évertuée à remettre sur pied
une Crimée en ruines et abandonnée par la Fédération de Russie, une Crimée dépourvue d’une vie
économique et dont la population locale avait été déportée [selon l'ordre de Staline au moins 300.000
personnes furent déportées en mai 1944]. Bien que faisant partie de la Russie, la région de Crimée se
trouvait, de facto, dans l'espace économique ukrainien. Tout le complexe énergétique (carburants et
électricité), la métallurgie, la construction de machines et l'industrie légère, les chemins de fer d'Ukraine et
de Crimée formaient un tout unique. Jusqu'en 1954, l'Ukraine fournissait à la Crimée une aide précieuse à la
reconstruction des villes, des usines et des fabriques ; c’était elle qui résolvait les problèmes liés à la
construction dans le bâtiment et surtout à l’approvisionnement en eau de la presqu’île.

Prenant en compte la situation économique et sociale qui s’est révélée extrêmement difficile et même
catastrophique en Crimée après la Seconde Guerre mondiale, le 19 février 1954 le Présidium du Soviet
Suprême [la plus haute instance du pouvoir d’État en Union soviétique entre les sessions plénières du
parlement] adopta un décret. Selon ce document, la région (oblast) de Crimée fut transférée de la République
socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR) à la République socialiste soviétique d'Ukraine (RSSU),
en se référant à l'économie communautaire, à la proximité territoriale et aux liens économiques et culturels
entre la Crimée et l'Ukraine. Des changements appropriés concernant le statut de la Crimée et de Sébastopol
ont été introduits plus tard dans les constitutions de l'URSS et des deux républiques (Ukraine et Russie). Du
point de vue juridique, le transfert de la Crimée de la RSFS de Russie vers la RSS d’Ukraine a donc été
irréprochable.

Le 19 novembre 1990, l'Ukraine et la Russie ont signé un accord confirmant l'inviolabilité des frontières
entre les deux républiques. Cela fut fait afin de mettre un point final aux échanges de territoires entre
l'Ukraine et la Russie pendant la période soviétique. Il faut signaler ici le fait que la surface totale des
territoires ukrainiens cédés à la Russie soviétique était quelques fois plus grande que la superficie de la
Crimée.

Ainsi, au moment de l’implosion de l'Union soviétique en 1991, la région (oblast) de Crimée faisait partie de
la RSS d'Ukraine. Après la proclamation de l'indépendance de l'Ukraine, ses frontières internationales ont été
reconnues par la communauté internationale, y compris la Fédération de Russie. En 1997, les présidents
ukrainien et russe ont signé un traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre l'Ukraine et la
Fédération de Russie en vertu duquel la Russie confirme l'inviolabilité des frontières entre les deux pays et
s'engage notamment à respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Je veux aussi rappeler que, trois ans plus tôt, en 1994, la Russie, d’un commun accord avec les États-Unis et
la Grande-Bretagne, a signé le Mémorandum de Budapest par lequel les co-signataires garantissaient la
sécurité de l'Ukraine en tant que pays ayant rejeté la possession et l’utilisation d’armes nucléaires. L'Ukraine
était alors la troisième puissance nucléaire au monde après les États-Unis et la Russie. Selon ce
mémorandum, la Fédération de Russie a réaffirmé son engagement à s'abstenir d'utiliser la force ou la
menace de la force contre l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Faut-il encore prouver la phrase bien connue
qui affirme qu’un traité signé avec la Russie ne vaut pas le papier sur lequel il a été écrit…

Au-delà des accords UE-Ukraine existants, des partenariats et d'autres programmes, quels sont les
plans pour augmenter la part des pays de l'Union européenne tant dans les exportations que dans les
importations en Ukraine ?

À ce jour, l’Union européenne, principal partenaire commercial de l’Ukraine, représente près de 40% de
toutes les exportations ukrainiennes. Cela a été rendu possible grâce à l’Accord d’association entre l’UE et
l'Ukraine, et surtout à la création d’une zone de libre-échange approfondi et complet (ZLEAC) dans le cadre
dudit accord. C'est le fonctionnement de la ZLEAC qui a permis à l’Ukraine de diversifier ses exportations
dans la période très complexe de 2014-2015, lorsque la Russie a déclenché une guerre commerciale contre
l’Ukraine.

Une zone de libre-échange UE-Ukraine offre des possibilités commerciales importantes pour les exportateurs
ukrainiens au vue des tarifs nuls ou réduits pour presque 97% des marchandises expédiées vers l’UE, y
compris les quotas d’importation de nombreux produits agricoles sensibles. Cependant, les moyens que la
ZLEAC a à sa disposition vont plus loin que la libéralisation tarifaire, car cet accord prévoit un vaste
programme de concordance entre la législation nationale de l’Ukraine et la législation européenne sur les
réglementations et les normes techniques dans le domaine de la production industrielle, celui des exigences
de sécurité pour les produits agricoles et alimentaires, des règles et des règlements dans le domaine du
commerce des services. Dès que ces réformes législatives seront appliquées, les entreprises ukrainiennes
pourront progressivement renforcer leur présence sur le marché de l’UE, très important par ses dimensions,
certes, mais aussi très concurrentiel.

Le processus de concordance législative est une voie à double sens. À mesure que les réformes législatives
progresseront, les bienfaits des investissements et du business en Ukraine croîtront. Les entreprises
européennes seront les premières à ressentir des changements positifs. La mise en oeuvre pratique de la
ZLEAC contribuera à renforcer les liens commerciaux et financiers entre l’Ukraine et l’UE au bénéfice des
producteurs et des consommateurs.

Pourriez-vous décrire les relations Ukraine-Luxembourg ?

Je suis heureux de constater que les relations ukraino-luxembourgeoises se développent à ce stade de
manière très dynamique. Je peux dire de manière catégorique qu’au cours des deux ou trois dernières années,
j’ai constaté des progrès notables dans le contexte de l’intensification du dialogue politique - et ici je garde à
l’esprit quatre échanges de visites de haut niveau durant la période de mars à novembre 2017 - et la
confirmation d’une vision commune de la situation et des événements au Donbass. Je voudrais rappeler
qu’en mars 2017, le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn, s’est rendu en
Ukraine, où il a eu l’occasion, outre la capitale Kyiv (Kiev), de visiter, les territoires qui jouxtent la ligne de
démarcation à l’Est de l’Ukraine. Et c’est après avoir visité la ville de Shyrokine, dont l’ampleur des
destructions lui rappelait les ruines de la ville irakienne de Mossoul que le ministre Jean Asselborn a
notamment déclaré : ce qui se déroule au Donbass n’est pas un conflit gelé, mais une véritable guerre, menée
sur le territoire de l’Ukraine par une armée régulière qui utilise des chars russes. Tenir un tel langage d’une
rare fermeté de la part du chef de la diplomatie luxembourgeoise est d’une importance capitale pour nous, les
Ukrainiens. Sans aucun doute, les propos de Jean Asselborn en tant que doyen des ministres des Affaires
Étrangères des pays de l'Union européenne valent leur pesant d’or.

Le Gouvernement luxembourgeois soutient l’Ukraine en termes pratiques en finançant, entre autres, les
activités de la Mission spéciale de surveillance de l’OSCE (MSS OSCE) au Donbass. A ce propos, en
décembre 2017, le ministre Jean Asselborn a confirmé l’intention du Luxembourg de continuer à soutenir
financièrement la Mission en 2018. Outre le soutien financier de la Mission de l’OSCE, le Luxembourg a
soutenu la Mission dans le cadre des besoins du personnel. Le représentant du Luxembourg a travaillé en tant
que membre du MSS de l'OSCE en 2016. Deux représentants du Luxembourg en 2014-2016 ont participé à
la mission consultative de l’UE en Ukraine pour réformer le secteur de la sécurité civile en Ukraine (The
European Union Advisory Mission – EUAM). Depuis le début du conflit russo-ukrainien en 2014, le
Gouvernement du Luxembourg a fourni à l’Ukraine une assistance humanitaire et technique d’un montant de
plus de deux millions €.

Parmi les événements marquants dans les relations entre l'Ukraine et le Luxembourg, il faut noter l’entrée en
vigueur en avril 2017 de la Convention intergouvernementale sur la prévention de la double imposition. 

L’entrée en vigueur de cette convention est une étape importante et attendue depuis longtemps. Elle permet,
en effet, d’introduire une nouvelle dynamique dans notre coopération économique bilatérale, ouvrant de
nouvelles perspectives pour le renforcement de la coopération en matière d’investissement. Je note
également l’importance de la mise en pratique de toutes les dispositions de la Convention, y compris la
disposition relative à l’échange entre parties de l’information fiscale.

Nous avons de bons indicateurs de coopération commerciale et économique, nonobstant le caractère très
dense du marché luxembourgeois.

ArcelorMittal Kryvyi Rih reste le premier investisseur étranger en Ukraine. ArcelorMittal est arrivée sur le
marché ukrainien en 2005, après avoir acheté l’usine minière et métallurgique Kryvorizhstal. La société met
actuellement en oeuvre un programme d’investissement de 1,2 à 1,5 milliard $ pour la période de 2020 à
2021. Pour moderniser l’entreprise, il est prévu d’investir 1,5 milliard $ pendant les cinq prochaines années.
L'entreprise propose 24 000 nouveaux emplois.

Nous essayons, également, de trouver d’autres domaines dans lesquels nous pourrions avec le Luxembourg
réaliser des projets de coopération, bénéfiques aux deux parties. Ainsi, l’entreprise-phare ukrainienne de
construction d’avions Antonov a répondu favorablement à la proposition de la compagnie aérienne Cargolux
de coopérer dans le domaine aéronautique. Nous voudrions aussi explorer les perspectives d’une coopération
bilatérale dans le domaine de la cybersécurité et de l’espace.

Le Luxembourg est un partenaire important de l’Ukraine tant au niveau bilatéral qu’à celui de l’interaction
avec l’Union européenne. La décision de l’Union européenne de libéraliser le régime des visas avec
l’Ukraine et l’entrée en vigueur de l’Accord d’association entre l’UE et l'Ukraine (1er septembre 2017)
permettent à l’Ukraine de réaliser en partie ses aspirations européennes.

L’Ukraine et le Luxembourg peuvent être fiers de l’exceptionnel niveau de coopération dans le cadre des
organisations internationales et surtout de l’ONU. À cet égard, je ne citerai qu’un seul exemple parmi tant
d’autres. Ainsi, en 2016 et en 2017, le Luxembourg a rejoint les auteurs du projet de résolution de
l’Assemblée générale de l’ONU, présenté par l’Ukraine et intitulé «Situation des droits de l'homme dans la
République autonome de Crimée et la ville de Sébastopol, en Ukraine». Cela est essentiel pour nous, et c’est
pourquoi nous apprécions à leur juste valeur à la fois la solidarité que manifeste le Luxembourg à l’égard de
l’Ukraine et l’appui précieux que le Luxembourg lui apporte dans toutes ces questions d’une importance
vitale touchant la défense de l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale.


http://www.agefi.lu/Fax.aspx?date=25-01-2018&fax=4354 

 

 

 

 

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